• 29 : Sur le toit du monde, mon voyage a pris fin

    32 : Sur le toit du monde, mon voyage a pris fin

     

    Juin 2013, Inde,

    sur le toit du monde, mon voyage a pris fin

     

    J'ai décidé de séjourner dans une nonnerie située dans le Ladakh, le "petit Tibet". Pour cela, il faut emprunter l'une des routes les plus hautes du monde. Un périple au cœur de l'Himalaya que j'ai hâte d'effectuer. 

    J'ai choisi pour ce faire de louer une jeep avec plusieurs occidentaux. Il suffit de s'inscrire sur une liste et dès que le véhicule est au complet, le départ peut avoir lieu. Je préfère ce moyen de transport au car, puisque le voyage se fait sur deux ou trois jours au lieu d'un seul. J'ai tellement envie de profiter de ce moment magique ! 

    La route vers Leh, capitale du Ladakh n'est ouverte que trois mois dans l'année. C'est donc avec grand plaisir que j'apprends ce jour-là, à Manali,  que les cars commencent leur navette. Les jours passent, les cars partent....mais aucune inscription autre que la mienne pour une jeep. Au bout d'une semaine, je jette l'éponge. J'ai bien compris que cette guidance intérieure si vivante en MOI désire que j'empreinte une autre voie que celle que je m'étais mise en tête. Très bien, ce sera le car. Une journée et une nuit à caracoler sur des pistes, dans un vieux bus poussif. J'arrive quand même à réserver une place près d'une fenêtre. Je profiterai du paysage, c'est toujours ça de gagné !

    Je pars cette nuit à deux heures du matin. J'ai fait mes adieux à la famille indienne qui m'a accueillie. J'ai envie de quitter Manali, j'y ai vécu ce qui devait être vécu, je passe à autre chose. 

    D'emblée, je sens que cela va être difficile. Ma place, proche de la fenêtre se trouve au fond du car, juchée sur l'une des roues. Je vais être secouée ! Puis je me sens comme "enfermée", entre la vitre et ce jeune moine qui voyage à mes côtés. Le car est plein, je suis la plus âgée, et de loin. Je me sens seule, soudainement.

    Dès la première heure, une migraine survient. Les secousses, la promiscuité, le stress, me montent à la tête. Il paraît que l'altitude joue aussi de drôles de tours. Mais pas à moi, je ne suis jamais malade !

    Le paysage est magnifique. Infiniment minéral et pur.

    Nous montons à plus de cinq mille mètres. Mon état empire d'heure en heure. Nausées intenses, migraine abominable...je ne tiendrais pas ! En milieu de journée, le chauffeur stoppe le véhicule dans un camp de fortune. L'armée bloque le passage. Nous n'irons pas plus loin, nous devrons dormir à "l'hôtel". Ce dernier se limite à une minuscule guérite en taule et terre battue. Les sièges se transforment en couches sur lesquelles nous nous entasserons tous. Je vis un cauchemar.

    Là encore, ce sentiment d'enfermement m'oppresse. Pas question de dormir avec tous ces gens, aussi adorables fussent-ils ! Je vais être malade, je le sais. Il faut que je sois seule. 

    Le chauffeur, gentil et prévenant, voit bien que je lâche prise. Le camp militaire est tout proche, il m'emmène à l'infirmerie avec mon voisin. Ce tibétain ne supporte pas plus les hauteurs que moi ?! Il aura droit à l'injection d'un produit qui le fera dormir toute la nuit. On ne m'offre qu'un vague doliprane, ou quelque chose de similaire. Une jeune française, médecin, partage également sa pharmacie avec moi, dès mon retour. Mais rien n'y fait. J'ai déjà perdu pied.

    Une obsession s'ancre en moi. Pas question de dormir avec les autres.  Dès la nuit tombée, je quitte subrepticement les lieux. Je suis en chemise et en chaussettes. Je traine une couverture avec moi et me dirige vers le véhicule. J'y serais seule au moins, c'est mieux que rien.

    Mais il est fermé. Le chauffeur, épuisé, dort déjà. Je décide donc de m'allonger dehors, sur une table.  Je n'ai plus vraiment conscience de ce qui m'environne. La propriétaire des lieux, maternelle et douce, sait qu'on ne dort pas dehors dans ces montagnes. Elle décide de me faire rentrer. Je résiste. Elle est fine et petite, mais quelle force ! Cependant, je suis encore plus forte. Désemparée, elle part demander de l'aide.

    J'en profite pour disparaître. Je suis pieds nus, maintenant. La douleur est intolérable, ma tête, mon corps vont exploser ! 

    Combien de temps ai-je marché, seule sur le toit du monde ? Quand l'épuisement m'a fauché, je me suis allongée à même le sol. Et je me suis abandonnée. J'ai vraiment quitté ce monde, palier après palier. Ce fut d'abord l'oubli de mon corps physique. Je ne ressentais plus aucune douleur. Je ne ressentais d'ailleurs plus rien. Je n'étais plus dans mon corps. 

    J'ai revisité très clairement ma vie. Et je lui ai dit adieu paisiblement. Il n'y avait plus aucune émotion. Rien ne me retenait plus, enfin. Je baignais dans un océan de couleur. Une aurore boréale "bruissait" autour de moi. Elle était si vivante dans ses dégradés de verts et de bleus. C'était si beau !

    Tout en moi était si paisible ! L'humaine s'était tue, ne restait plus que la vie. J'étais la vie. Plus d'illusion, plus de peurs. Juste une connexion à l'univers. Les pensées n'étaient plus. Les souvenirs avaient également disparu. Plus de famille, plus de maison, plus d'enfants, plus rien.

    Puis des voix se sont fait entendre. Des lumières m'ont ramené sur terre, littéralement. Le camp entier était parti à ma recherche. Ils m'avaient retrouvé. 

    Je revois cette jeune femme me laver les pieds. Ils étaient gelés. Je revisitais là encore une scène de la vie de mon frère, Jésus. Mes compagnons ont tous été adorables et aimants.

    Le lendemain, j'allais mieux. J'étais la seule à avoir vu cette aurore boréale. Le champ magnétique qui est vie ne s'était illuminé que pour mes yeux.

    Je ne ressentais aucune gêne de ce que je leur avais imposé durant la nuit. J'ai observé le paysage autour de moi. Cette immensité grandiose me donnait une fois de plus le sentiment d'étouffer. Je me sentais enfermée au sein de nulle part.

    Nous avons repris la route pour nous arrêter de nouveau. Un pont avait disparu. Nous avons passé la journée en plein soleil, dans un convoi qui commençait à se former des deux côtés de la rivière.

    Mais nous sommes quand même parvenu à Leh dans la nuit. J'étais méconnaissable de fatigue. Mais surtout, je ne comprenais pas ce chemin de croix. Pourquoi mon corps avait-il flanché ? Pourquoi avais-je subi le "mal des hauteurs" moi qui me targue de ne jamais être malade ?

    Les réponses viendraient. J'étais vivante même si j'avais déchiré le voile qui mène en dehors de la vie terrestre. Et finalement, j'avais effectué ce périple sur plusieurs jours !

    N'était-ce pas ma demande initiale ? 

      

    Mesnet

     

     

     Ce livre est le fruit de l'Univers. Si ce texte résonne à votre cœur, il vous appartient.

    Vous pouvez l'utiliser dans son intégralité ou le morceler. Vous avez le droit de le

    transformer. Vous n'avez aucune obligation de me citer.

    Gratitude.

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 30 Octobre 2015 à 18:26

    Je me souviens avoir fait ce voyage avec toi.

    2
    Samedi 31 Octobre 2015 à 09:53

    Oui, heureusement, tu étais là, à l'autre bout du monde mais présente au-delà de tout...Aurais-je survécu à tout cela sans toi ?

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