• 14 : Je suis morte

    14 : Je suis morte

     

    Samedi 22 décembre 2012 

     

    Je n'attendais que le départ des miens.

    Je ne suis plus la paix mais JE SUIS survoltée. 

    Il faut que je sois seule. 

    Plus d'abandon à ce qui doit être, plus la perception que tout est perfection...non...il faut

    qu'ils partent. 

    Ils m'étouffent, littéralement. 

    Tous. 

    Il faut qu'ils partent. 

    Le choc aussi sur ce que je viens de comprendre sur la pensée. 

    L'esprit ne pense pas, il « conceptualise »..... 

     

    Dimanche 23 décembre 2012. 

    Survoltée.....encore. 

    Je fais, je fais, je fais....n'importe quoi, mais je me remplis de gestes et de

    mouvements : ménage, rangement....c'est comme si je ne pouvais pas « arrêter » ces

    « faire » fébriles. 

    Je geins parfois...comme une litanie. 

    Et ces gestes « font des bêtises »....je crois bien avoir cassé la chaudière..... 

    Je suis perdue, déconnectée.... 

    On dirait une folle, mais cette terreur ne me noie pas comme elle l'a fait tant de

    fois....c'est autre chose..... 

    Me dit « on » de cesser de faire ? 

    Je ne sais plus, je « n'entends » plus rien. 

    Ces « faire » sont douloureux, étouffants. 

    Je regarde un film, mange....ça m'étouffe. 

    Je suis fébrile. 

    Je geins.  

    Une litanie. 

    Je monte dans ma chambre. 

    Je pleure. 

    Je hurle. 

    Je produis des sons en même temps que le « aum »...et ça vibre de "l'intérieur"... 

    Ça me calme un peu. Très peu. 

    Et puis je vois l’étouffement des choses et des miens. 

    Cet amour humain, ce devoir m'étouffent. 

    Je n'aime pas les miens. 

    Je n'aime pas mes enfants. 

    Je hurle, je vais jusqu'au bout de cette pensée abjecte. Il faut que je vois ce qu'il y a

    derrière. 

    J'observe que cet ultime attachement m'étouffe. 

    Je n'en veux plus. 

    Plus d'amour humain. 

    Je n'aime pas mes enfants d'amour humain. 

    Ce n'est pas l'énergie d'amour qui m’étouffe mais bien cet imbroglio formaté qu'on

    appelle « amour humain ». 

    Je réalise qu'ils ne m'aiment pas non plus. 

    Je suis une présence plutôt intelligente, plutôt douce à leur égard, plutôt bienveillante. 

    Je suis la sécurité, l'habitude. 

    Ils ne m'aiment pas. 

    Personne ne m'aime. 

    Je réalise enfin, après l'avoir souvent plus ou moins pensé que je ne suis pas cet amour-

    là, que je veux m'en défaire, il m'étouffe. 

    J'ai compris tout cela depuis longtemps....mais je ne le vivais pas, encore formatée

    par l'illusion collective de ce qu'est l'amour humain. 

    Ce formatage m'étouffe. 

    Voilà, il m'étouffe. 

    Il faut que je vide ma coupe de cela aussi. 

    Cet attachement étouffant doit être aboli. 

    Je hurle. 

    Je ne sais plus. 

    J'ai mal et en même temps....libération ? 

    Je veux mourir. 

    Je demande à mourir, là, maintenant. 

    Plus d'espoir. 

    Il n'y a donc plus rien. 

    Même plus d'espoir. 

    Pas envie de télé, de manger. 

    Je sens qu'il n'y a plus rien. 

    Même plus les miens. 

    Et plus d'espoir. 

    Car je souffre comme jamais, mais rien de magique ne se passe. 

    Je ne me transforme en rien de nouveau. 

    Je ne suis plus que larmes et abandon. 

    Je n'attends plus rien pour demain. 

    Et en pensant cela, je réalise comment j'ai rempli chaque instant d’éphémère, me disant

    que demain je serais autre chose. 

    Demain sera miracle ! Il le faut, demain sera le miracle ! 

    Et le lendemain, et le lendemain, et le lendemain...depuis 6 ans. 

    Mais je n'arrive plus à espérer que demain je serais autre chose. 

    Je n'ai plus d'espoir. 

    Et je vis la pénombre la plus absolue. 

    J'ai vidé ma coupe de tout, absolument tout....de mes propres enfants....et même de

    l'espoir.

    Demain, aucun espoir. 

    Mais là, maintenant, ce qui existe est pénombre. 

    Je peux enfin la regarder en face ? 

    Là, dans l'instant présent, puisque je ne sais pas ce que je suis et que je n'espère plus

    être autre chose demain, je peux dire ce que je suis : je suis l'ombre absolue, la

    désespérance la plus douloureuse, la peur la plus vorace. 

    Je veux mourir. 

    A quoi bon tout cela ? 

    Et je parle à mon PERE. 

    Je parle à DIEU, celui qui m'a créé. 

    DIEU, enfin. 

    C'est un concept autour duquel j'ai tourné sans cesse : la source, le créateur, la

    conscience.... 

    Pour arriver enfin te personnifier, toi, Dieu, mon père bien-aimé . 

    Et les mots viennent. 

    Sont-ils l'expression d'une réalité ? 

    Je ne sais pas, ils sont juste là. 

    Père, mon père, je suis l'ombre dans toute sa nudité. 

    Je vois enfin qu'il n'y a jamais eu que moi à générer cette ombre. 

    Je n'ai plus qu'un désir, me dissoudre dans ta lumière et ton amour. 

    Je réfute le libre arbitre, je n'en veux plus. 

    Je veux juste que la vie soit ordrée par tes soins, à travers moi. 

    Je suis ta vie. 

    Je suis ta lumière. 

    Je suis ton amour. 

    Je suis ta paix. 

    Je ne demande plus rien d'autre. 

    Et mon ombre, je te l'offre. 

    Elle est ma création. 

    Je ME vois. 

    Je suis le créateur de cette ombre. 

    Je suis le mal absolu. 

    Je suis satan, la bête immonde.. 

    Dieu ! Je suis le diable qui m'a tant fait peur ! 

    La peur s'envole, puisque je regarde cette ombre qui est ma création, qui est moi. 

    Peur de moi ? 

    Ça n'a plus de sens. 

    Tu es la vie et moi, ton enfant, j'ai voulu être à ton image, créateur de monde. 

    Mon ego m'a vu naître, moi, le mal. 

    Et sur ce chemin qui fut le mien, dans ce désir de devenir maître de TA création, je me

    suis perdue. 

    J'ai peu à peu oublié ce que tu es, ce que je suis. 

    J'ai même oublié la guerre que je t'avais déclarée, ne me battant plus que contre ma

    propre création mortifère....contre moi-même. 

    Pardonne-moi, mon père. 

    Pardonne-moi, ma mère, que j'ai volée, pillée, détruite, salie. 

    Pardonnez moi, mes frères que j'ai entraîné dans l'illusion. 

    Illusion, oui. 

    Dieu seul peut créer.

    Car il est amour. 

    Je crois voir ta lumière, mon père ! Elle m'illumine soudainement... 

    Mais non, je ne vois rien de plus que l'ombre et ma douleur atroce. 

    Je sais ton amour pour moi. 

    Je sais ton pardon pour ton enfant. 

    Aide-moi, mon père, je souffre trop. 

    J'entends que ce qui m'a détruit est mon ego...et que tu porteras secours à ton enfant

    humble. 

    C'est le seul remède, la seule condition qui te permettra enfin de me tendre la main. 

    Si je ne suis pas humble, tu ne peux rien pour moi. 

    Ai-je compris ma leçon ? Suis-je humble ? 

    Le doute m'affole, je n'en sais plus rien.... 

    Ma résurrection sera dans l'humilité ou ne sera pas. 

    Je n'ai jamais pu te mentir mon père, tu vois en moi. 

    Suis-je humble ? 

    J'ai peur. 

    Et maintenant ? 

    Je me sens vidée. 

    J'ai rêvé tout cela ? 

    Pas la souffrance et la pénombre en tout cas. 

    J'y suis encore, je touche le fond de cette fichue coupe. 

    S'il n'y a que le désespoir et plus aucune envie de continuer ce rôle humain....que vais-je

    devenir? 

    Que vais-je faire quand ils seront là mardi ? 

    Quand il va falloir sourire et faire mine de vivre ? 

    Je me suis fait la promesse de vivre ce que j'ai à vivre jusqu'en janvier. 

    Je sais qu'après cette date...si ce désespoir et ce vide sont encore mon pain quotidien, si

    plus rien ni  personne ne me motive, j'inviterai ce corps à disparaître en même temps que cette

    existence qui y est liée. 

    Rien, il n'y a donc rien d'autre ? 

     

    Mesnet 

     

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